De tous mes bijoux, les sautoirs en ont le plus, des histoires.
Il y a celui que j'ai volé, un jour, dans un grand magasin. C'est mal de voler. Mais, à cette période, le prendre lui, en douce, m'a réconfortée. Je voulais moi aussi m'habiller en Prada.

Celui-là ne coûtait rien, quelques euros. Je l'ai mis le soir du 1er tour des élections présidentielles de 2007, afin de protester. Il est difficile de le reporter, compte tenu des circonstances.

This one, ah là là... J'en rêvais. Qu'il me l'offre. Je lui envoyais des liens internet sur la créatrice. Il m'a viré de sa vie. En n'oubliant pas de me virer l'argent qu'il me devait pour des traductions que j'avais faites pour lui. Le prix exact du pêché. J'ai donc dépensé ! Et, au bout de quelques semaines, je n'en avais plus envie. Trop lourd à porter, au sens vraiment propre. Ebay s'en est chargé.
L'intemporel est vierge. Il doit arriver par la poste, je ne suis pas sûre de savoir à quoi il ressemble. J'ai hésité avec Le mobile. Mais, peu sûre de mes goûts, je me suis fiée au nom. Et il est plus destructuré. Plus hype, donc, j'ai bon ?


Il vient du Mali. De Mopti, dernière ville avant Tombouctou. Ce n'était pas un Touareg ami. Mais le seul à avoir une jolie chose. Nous étions assises presque par terre, siphonnées de fatigue. Mon amie a repéré la beauté. J'ai copié, imité. Je le porte avec des choses très structurées, anti-ethniques. Pour dé-ca-ler...

J'avais le même, mais les boules étaient en argent. Pour la deuxième fois de ma vie, je me suis faite cambrioler. Un collier et un bracelet en or sont partis. Normal. Mais aussi ce petit truc de rien du tout que j'adorais. Cadeau de collègues de recherche. Un 14 février, une de ces collègues m'a offert celui-là. Mais il n'a jamais réussi à remplacer l'autre.

Samedi dernier, j'ai vu celle qui les faits. J'avais tellement peur de la peiner. Mais c'était une trop petite chose. J'en voulais pas. Je me suis enfuie comme une voleuse sans avoir rien volé.

Je me le suis inventé. Pour exister. Mais l'harmonie ne se décrète pas. Il est un peu raté. Ca donne néanmoins une activité au scarabée d'or.

Tigrou, personne ne l'aime. Alors je le montre pas. Il est doré. Sur ebay, la fille a dit que c'était un Imitation of Christ. La griffe des amis de ma copine Chloé, quand même.
Celui-là, tout le monde l'aime. Mais il est reparti par où il est venu. Trop gros, trop massif. Beau en boutique, that's it.

Je préfère quand elle est plus filandreuse. Eva, je l'ai épuisée. Lors d'une vente privée, j'ai essayé, essayé, essayé. Hésité, hésité, hésité. Les filles me voyaient en argenté. J'y croyais pas, moi, à mon côté argenté. Mince, on a bien le droit de se tromper sur soi-même.

Est-ce que je dois craquer ? Est-ce que c'est pas encore de la minauderie, c'truc-là ? Même si ça vient des Etats-Unis. Elle en dit du bien, ça devrait me rassurer.

Y a ce vieux collier si beau mais défiguré. Il appartenait à une vieille amie de ma grand-mère. Un jour, il a lâché. J'ai ramassé les perles. Et je l'ai refait, mais pas bien. Les perles sont toutes serrées, elles étouffent. Alors, faudrait le refaire. Mais c'est pas palpitant, comme projet.

Ce pauvre-là, j'ai cru que ce serait mon collier sauve-tout. Maintenant je le trouve mémère. Il a cassé. Lors d'une étreinte. Et encore une réparation ni faite ni à faire. J'ai bidouillé. Du coup, il m'écorche la peau. Du coup, il est puni.

Reste une longue et banale mais torsadée chaîne en argent. Que je ne quitte pas.