Pourquoi n’y a-t-il pas plus d’humour dans la mode ? C’est ce que je me suis demandée pendant le défilé Andrea Crews. C’est simple : c’était la première fois que je m’amusais pendant un défilé.
Il y a un moment, je vous parlais du retour du jubilatoire dans la mode. C’est vrai que cette année on a eu du flashy, de la fantaisie, de l’extravagant, l’humour d’un Jean-Paul Lespagnard à Hyères, et que, surtout du côté de Londres, après une période de creux, on voit de plus en plus de fun, de jeunesse, de farfelu. Il n’y a qu’à voir le défilé Giles (P/E 2009).
Mais à un défilé de mode, on est pas là pour s’amuser. On est surtout là pour être mieux habillé que tout le monde, toiser, prendre des airs, et accessoirement, faire son boulot, de journaliste, d’acheteur, de photographe, etc. On se prend au sérieux, et on prend tout au sérieux. C’est quelque chose que je tiens à préciser, car quand je lis certains posts quasi hystériques sur la fashion week, je ne reconnais pas mon expérience. Ça m’interpelle à chaque fois qu’on me demande si je me suis “bien éclatée” aux défilés. Non, en fait, ce n’était vraiment pas de cet ordre-là : j’ai découvert plein de choses, j’ai vu du monde, et voir un show en direct, toute cette effervescence, ça me fait rêver. Je suis captivée par ce qui se passe sur le podium, par le spectacle que c’est, et les créations - des fois non -, j’adore tellement la mode, que ça, on ne pourra jamais me l’enlever. Mais quand j’entends parler d’émotion durant un show, j’ai vraiment du mal à y croire. Tout le monde est tellement under control ! L’émotionnel, c’est quelque chose auquel on essaie de vous faire croire dans les campagnes de pub, mais franchement, rien ne me semble plus éloigné de l’émotionnel que le milieu du prêt-à-porter de luxe. C’est pour ça que la plupart du temps, je préfère le milieu de la petite création.
Mais bref, revenons à nos moutons : le défilé Andrea Crews. Sur le podium, qui n’était pas vraiment un podium - ça se passait au Jeu de Paume, tout le monde était debout sur les côtés d’un parcours aménagé pour l’occasion -, les mannequins, qui n’étaient pas des mannequins pro, il y en avait de toutes les tailles, tous les gabarits et, important, de toutes les couleurs, se marraient. Ils défilaient, il faut le dire, n’importe comment, décomplexés, le sourire aux lèvres, avec des accoutrements pas possibles, parfois presque à poil, en prenant des poses pas possibles, ils s’éclataient quoi. Et nous aussi. C’était plein de pep’s, de joie de vivre. On avait envie de rire, d’applaudir. C’est assez rare pour être noté.









© Julie Perello





